©Christophe Grégoire 2024
Certificat de dépôt horodaté
N°D53251-18305
Je me réveillai, le crâne assailli par une douleur qui semblait vouloir me broyer l’esprit, évoquant l’impression d’avoir été écrasé sous un rouleau-compresseur dans mon sommeil. Une lueur diffuse, à peine perceptible à travers mes paupières scellées, suggérait que le jour était levé. Pourtant, la simple idée de les ouvrir m’apparaissait comme une montagne insurmontable. Mon corps tout entier se rebiffait, chaque muscle, chaque articulation criant sa détresse.
Je tentai de me remémorer la raison de mon état, de retracer mes pas jusqu’à ce lit, mais mes pensées s’embrouillaient, se heurtant à un mur de brouillard. Avais-je chuté ? Avais-je succombé à une maladie soudaine ? Mon esprit tournait en rond, incapable de saisir une explication logique.
Les sons du monde extérieur me parvenaient étouffés, comme à travers une épaisse couche de coton. Concentré sur ma respiration, j’essayais de rassembler le peu de force qui me restait. Après un moment qui me parut une éternité, je pris la décision d’affronter la réalité, quelle qu’elle soit. Mes paupières, lourdes comme du plomb, se soulevèrent avec peine, laissant s’infiltrer un flot de lumière qui me força aussitôt à les refermer. Ce fut un ballet de tentatives et d’échecs, jusqu’à ce que finalement, mes yeux s’acclimatent à la luminosité de la pièce.

Je me trouvais dans un lieu inconnu, entouré de murs blanc et bleu qui renvoyaient la lumière d’une façon presque aveuglante. Aucun élément ne m’était familier : ni le lit sur lequel je me trouvais, ni la table de nuit à côté de moi, sur laquelle reposait un bouquet de fleurs et une petite lampe. À ma droite, un peu en arrière, un moniteur de surveillance ne laissait pourtant pas vraiment de doute : Des câbles me reliaient à cette machine ; un hôpital, forcément. L’air portait une odeur stérile, étrangement rassurante et inquiétante à la fois.
Mon corps refusait de m’obéir pleinement, chaque mouvement évoquait une douleur sourde qui se propageait en vagues à travers mes membres. Un sentiment d’isolement m’envahit, une solitude profonde et déconcertante. Je me mis à la recherche d’un indice, quelque chose qui pourrait m’expliquer ma présence en ce lieu. Mais rien, à part le silence pesant et le battement de mon propre cœur, ne venait rompre cette énigme.
Peu de temps après, la porte s’ouvrit sur une infirmière, qui, à ma grande surprise, afficha un sourire radieux en me voyant éveillé. Sa présence, soudaine et inattendue, fit naître en moi un flot de questions. Mais avant même que je puisse articuler une pensée cohérente, elle s’exclama :
– Vous êtes réveillé ! Attendez, je vais chercher le médecin.
Ses mots résonnèrent en moi avec une étrangeté déconcertante. Réveillé ? Comme si mon éveil était un événement hors du commun, presque miraculeux ! La porte se referma derrière elle, me laissant seul avec mes pensées embrouillées et une anxiété grandissante. Quel était ce lieu ? Et pourquoi son visage m’était-il si familier, et pourtant si étranger à la fois ?
L’attente du retour de l’infirmière ou du médecin qu’elle avait mentionné fut emplie d’une tension palpable. J’essayais de me préparer à ce qui allait suivre, de rassembler mes souvenirs éparpillés pour faire face à la réalité de ma situation, quelle qu’elle soit. Mais au fond de moi, une question demeurait : qu’est-ce qui m’avait conduit ici ?
Alors que la porte se refermait derrière l’infirmière, me laissant seul avec mes pensées tourbillonnantes, une vague d’évidences me submergea lentement. Ma présence en ce lieu, quel qu’il soit, n’était pas ordinaire. Les mots de l’infirmière, son excitation presque palpable à me voir éveillé, tout cela suggérait que quelque chose d’extraordinaire s’était produit.
Je scrutai la pièce une nouvelle fois, cherchant des indices qui pourraient m’aider à assembler les pièces du puzzle. La blancheur stérile des murs, le lit ajustable dans lequel je reposais, l’équipement médical qui se dressait silencieusement à mon chevet : tous ces éléments pointaient vers une conclusion que je n’avais pas encore osé envisager. J’étais dans un hôpital. Ou une clinique. Mais pour quelle raison ? Avais-je été malade, blessé ?
L’angoisse commença à serpenter en moi, une peur sourde de ce que je pourrais découvrir. Mon esprit, dans un effort désespéré pour trouver un semblant de normalité, se mit à imaginer des scenarii moins menaçants. Peut-être n’était-ce qu’une erreur, une confusion, un malentendu qui se dissiperait dès l’arrivée du médecin. Pourtant, au plus profond de moi, je savais que ces espoirs étaient vains.
Je tentai de me remémorer les jours précédant ce réveil, mais me heurtai à un mur de brume épaisse. Aucun souvenir ne venait, aucun visage, aucun lieu, aucune conversation. C’était comme si ma vie s’était arrêtée, suspendue dans le vide, avant de reprendre brusquement dans cette chambre inconnue.
Des bruits étouffés me parvenaient de temps à autre, des échos de pas dans le couloir, des voix lointaines, rappelant l’activité incessante qui devait régner au-delà de ces murs. Le monde extérieur me semblait à la fois proche et infiniment éloigné, une réalité à laquelle je ne pouvais pas encore participer.
L’attente devint presque insupportable, chaque minute s’étirant indéfiniment. Mon esprit, dans sa quête de réponses, s’égara dans des réflexions plus philosophiques. Qu’est-ce qui définissait notre identité, notre conscience, si ce n’est la somme de nos souvenirs, de nos expériences ? Privé de ces repères, qui étais-je vraiment ?
Alors que je me perdais dans le tourbillon de mes réflexions, la porte s’ouvrit brusquement, laissant entrer une bouffée d’air frais qui rompit l’atmosphère confinée de la chambre. Un homme se précipita à l’intérieur, son visage éclairé par un sourire si large et lumineux qu’il semblait illuminer la pièce entière. C’était Hugo, mon frère, bien que je mis un instant à le reconnaître tant l’émotion qui déformait ses traits lui donnait un air nouveau, presque étranger.
– Jules ! s’exclama-t-il, sa voix vibrante de joie.
Il s’approcha rapidement de mon lit, les yeux brillants d’une émotion palpable. Sans hésitation, il me prit dans ses bras avec une affection débordante, comme s’il craignait que je ne disparaisse à nouveau si jamais il me lâchait.
Je fus saisi par l’intensité de son étreinte, par la chaleur qui émanait de lui. Une vague de sensations m’envahit, mélange complexe de bonheur, de confusion, et d’une pointe de crainte face à l’ampleur de sa réaction. Son bonheur était contagieux, pourtant, sous-jacent à cette joie, je percevais une profonde émotion qui me rappelait que mon réveil était un événement extraordinaire, pas seulement pour moi, mais aussi pour ceux qui m’entouraient. Lire la suite
Je découvre pour la première fois une de tes nouvelles.
Mon ressenti : addictif, suspense, soulagement, pointe d’humour et la petite larme à la fin.
Beaucoup d’émotions.
Avec plaisir de lire tes autres nouvelles.
Bravo
Merci Alexandra pour ce petit commentaire encourageant.
Je travaille d’arrache-pieds (non: cheveu) pour faire de ces petites histoires quelque chose qui puisse toucher chacun d’entre nous. Et si j’ai suscité chez toi tout ce que tu indiques, j’ai donc réussi! Merci beaucoup !
Au plaisir de partager d’autres petits moments d’évasion…