©Christophe Grégoire 2024
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Théo se réveille avec la sensation désagréable d’un sol dur sous lui. Il ouvre les yeux sur un plafond blanc, étrangement lumineux malgré l’absence de toute source de lumière visible. La pièce, si on peut l’appeler ainsi, est dépouillée à l’exception d’une estrade en béton sur laquelle repose une vieille couverture élimée, émettant une odeur désagréable : un mélange de moisissure et de viande pourrie. À côté, deux petits saladiers en aluminium; l’un contenant de l’eau, l’autre des boulettes sèches et malodorantes. L’opposé offre une vue sur un tas de sciure, suggérant une fonction disons, primitive. Les murs, d’un blanc immaculé, renforcent l’aspect neuf et inexplicablement propre de l’endroit. Mais ce qui frappe Théo, au-delà de l’aspect carcéral de sa situation, c’est l’absence totale de porte ou de fenêtre. Comment est-il arrivé ici ? Et surtout, pourquoi ?

Théo, trente-trois ans, ne se souvient de rien. La veille, il menait une vie tout à fait ordinaire avec Élodie, sa femme, et Bouchon, leur jeune chat. Employé au service « état civil » de la mairie, il avait vécu une journée typique, entre dossiers à traiter, une réunion d’équipe et le public à accueillir. Rien, dans son quotidien, ne laissait présager un tel réveil.
Essayant de rassembler ses pensées, Théo tente de percer le mystère de sa présence dans cette cellule sans issue. Sa voix, lorsqu’il crie « au secours », se perd dans un écho interminable, soulignant son isolement total. Aucun bruit, aucun signe de vie à l’extérieur. Seul avec ses interrogations, il doit faire face à une réalité inquiétante : il est prisonnier d’un lieu dont il ignore tout, sans savoir comment, ni pourquoi.
Dans sa quête pour comprendre sa situation, il commence par examiner minutieusement son environnement immédiat. Il se lève. Il est totalement nu. Ses muscles tendus par l’inconfort du matelas en béton rugueux, il s’approche des murs, se cachant le sexe d’une main, par réflexe plus que pas pudeur. Il touche ces murs en béton, les frappe doucement, espérant découvrir une quelconque irrégularité, un indice révélateur, ou même une sortie secrète. Pas de simples plaques de plâtre mais bel et bien du béton ! Les surfaces sont lisses, froides, imperturbables. Sa curiosité se transforme rapidement en frustration. Pourquoi n’y a-t-il aucune porte, aucune fenêtre ? Comment la lumière peut-elle baigner la pièce d’une clarté si naturelle sans source apparente ? Comment a t-il pu arriver ici s’il n’y a pas de porte ? Il explore l’estrade de béton, soulevant la couverture dans l’espoir de trouver quelque chose d’utile -un outil, un indice, n’importe quoi. Mais là encore, rien. Les saladiers en alu, seuls objets de la pièce, ne lui offrent aucune piste. Le tas de sciure dans le coin
semble être là pour des besoins élémentaires, une pensée qui le révulse et l’effraie à la fois.
Ne pouvant se résigner à l’idée qu’il n’y ait aucune issue, Théo commence à réfléchir à des moyens alternatifs pour s’échapper ou attirer l’attention. Il crie, d’abord avec hésitation, puis avec désespoir, appelant à l’aide, espérant contre toute attente qu’une oreille bienveillante l’entende. Mais sa voix ne fait qu’écho dans sa prison, renforçant son sentiment de solitude. Il tente ensuite de se remémorer les événements ayant précédé son réveil dans cet endroit. Que s’est-il passé après son travail hier ? Avait-il pris un chemin différent pour rentrer chez lui ? Avait-il rencontré quelqu’un ? Chaque tentative de reconstitution est un combat contre le vide de sa mémoire, une lutte frustrante pour saisir des souvenirs insaisissables. Il se souvient être passé chez le coiffeur après sa réunion de fin de semaine, être allé chercher une baguette pour le soir. Il se souvient avoir ouvert sa boite aux lettres et déposé une facture du garagiste sur le plan de travail de la cuisine. Tout à coup, il se rappelle avoir reçu le SMS de rappel du rendez-vous le lendemain chez le vétérinaire au moment où il buvait un café bien mérité après sa journée de travail. Rien d’extraordinaire en somme ! Élodie n’allait pas tarder, elle aussi, de rentrer pour apprécier enfin la quiétude d’un week-end bien mérité !
Théo s’assoit sur l’estrade, enveloppé dans la couverture malgré son odeur désagréable. Ses yeux restent ouverts, fixant le vide devant lui, alors qu’il concentre toute son énergie sur la moindre étincelle de mémoire pouvant expliquer sa présence ici. Bien que réveillé depuis peu, le sommeil le guette, comme une échappatoire possible mais il résiste, refusant de céder à la facilité de l’oubli, même temporaire. Dans ce moment de calme forcé, une réalisation s’impose à lui : il ne peut compter que sur lui-même pour s’échapper de cette situation. La détermination remplace alors le désespoir. Théo se lève, animé d’une nouvelle résolution. Il
décide d’examiner chaque centimètre carré de la pièce une fois de plus, cette fois-ci avec une attention aux détails qu’il n’avait pas eue auparavant. Il réfléchit aux moyens de faire du bruit, de créer une vibration qui pourrait être ressentie à l’extérieur, ou de trouver un moyen d’envoyer un signal, quel qu’il soit, à quelqu’un de l’autre côté de ces murs impénétrables.
Il commence par utiliser la couverture pour créer un tampon, frappant les murs avec plus de force, cherchant des sons différents qui pourraient indiquer une faiblesse dans la structure du bâtiment. Puis, il examine le sol et le plafond, cherchant des irrégularités, des fissures, ou tout autre indice qui aurait pu lui échapper. Théo comprend que chaque petit détail, chaque variation dans l’uniformité de sa prison, pourrait être la clé de son évasion. Bien que chaque tentative semble vaine, il refuse d’abandonner. Il sait que la panique et le désespoir ne feront que l’engloutir dans une obscurité encore plus profonde. Ainsi, avec une lucidité renouvelée, il se promet de continuer à chercher, à penser, à lutter, jusqu’à ce qu’il trouve une issue, ou jusqu’à ce que quelqu’un le trouve. C’est dans cet esprit de résistance que Théo trouve la force de continuer, alimentant son espoir dans cette situation.
Face à son isolement, Théo traverse une gamme complexe d’émotions. Initialement, la confusion domine, un brouillard épais qui enveloppe son esprit alors qu’il tente de démêler les circonstances de son réveil dans cette cellule blanche. Cette confusion se mue rapidement en une inquiétude aiguë, une sensation glaciale qui serre son cœur à l’idée de ne pas savoir où il est, ni pourquoi. Si au moins il avait son téléphone avec lui…
À mesure que le temps passe, l’inquiétude cède la place à la frustration. Théo se sent impuissant, prisonnier d’un puzzle sans indices. Il éprouve une colère sourde contre lui-même, se reprochant de ne pas se souvenir des événements ayant conduit à sa situation actuelle, et contre son ravisseur invisible, pour l’avoir plongé dans cet enfer. Mais c’est la solitude qui pèse le plus lourdement sur lui. L’absence totale de contact humain, l’incapacité de partager sa peur ou d’entendre une voix rassurante, amplifie son désespoir. La solitude force Théo à se confronter à lui-même, à ses peurs les plus profondes, à ses regrets. Il se surprend à parler à voix haute, juste pour rompre le silence oppressant, pour se rappeler le son de sa propre voix.
Néanmoins, au cœur de cette tourmente émotionnelle, une étincelle de résilience s’allume. Théo réalise que céder à la panique ne fera qu’aggraver son état. Il s’efforce alors de canaliser ses émotions, utilisant sa peur et sa frustration comme moteurs pour stimuler sa détermination à trouver une issue. Cette résilience est ponctuée de moments de désespoir, où le poids de sa situation semble trop lourd à porter, mais aussi de poussées d’espoir, aussi fragiles et éphémères soient-elles. Lire la suite
Houah ! J’ai adoré!
Je fais parti du groupe FB « Nouvelles & Nouvellistes » et c’est une de mes plus belles surprises depuis ces derniers mois. Quel humour ! Bravo à toi!
Oh! Merci beaucoup! Joli compliment. Merci 😉
Super! Ecroulé! Bravo.
Je lis les autres commentaires. Je ne suis pas d’accord. Oui, c’est comique sur la fin mais c’est surtout une histoire philosophique, une introspection intérieure. Je connais vos nouvelles et c’est ma préférée, sans aucun doute.
Merci Gisèle pour cette approche. Effectivement, c’était ma volonté d’écrire une nouvelle qui nous permet de nous questionner…