
Je naquis un matin où la brume enlaçait tendrement les herbes hautes. Mes premiers souvenirs sont baignés d’une lumière tamisée et des murmures doux de la terre s’éveillant. J’étais entouré de chaleur, d’un cocon de tendresse maternelle qui me rassurait contre les frissons de l’aurore. Le monde était une toile vierge à mes yeux, un tableau que je commençais à peindre avec les couleurs naïves de l’innocence. Chaque bruit, chaque odeur, m’arrivait comme une première fois, une découverte qui inscrivait en moi des émotions pures.
Mes premiers pas furent hésitants, mes jambes tremblaient sous le poids d’un corps encore malhabile. Mais l’appel de la vie était plus fort, me poussant à explorer le moindre recoin de notre domaine, un paradis aux mille senteurs où chaque brin d’herbe semblait me saluer. Je n’étais pas seul dans cette aventure. Mes frères et sœurs, égaux dans la maladresse et la curiosité, partageaient avec moi les jeux et les rires, les courses folles jusqu’à ce que le souffle nous manque et que nous nous effondrions en un tas de joie pantelante.
Notre mère veillait sur nous, figure omniprésente et rassurante. Ses yeux, deux petites perles d’ancienne sagesse, nous observaient avec une affection teintée d’une mélancolie que je ne pouvais comprendre à cet âge. Quand le soir venait, elle nous rassemblait sous son ombre protectrice, et c’est là que nous découvrions le monde à travers les histoires qu’elle nous murmurait. L’herbage était notre royaume, un labyrinthe vert où chaque jour était une aventure nouvelle. Nous apprenions les lois non écrites de la nature, celles de la terre nourricière et du ciel infini. Et sous le grand ciel bleu, je grandissais, insouciant, chaque jour un peu plus conscient de ma place dans cette symphonie de la vie.
Le rituel de la tétée était notre moment sacré, une partition quotidienne jouée aux premières et dernières lueurs du jour. C’était une communion silencieuse, une trêve tendre où le flot de la vie nous enveloppait tous, et la présence apaisante de maman transformait ce simple acte de nourriture en un lien indéfectible. Chacun de nous cherchait sa place, nos petites frictions fraternelles se fondant rapidement dans le bien-être collectif. Notre mère, la gardienne de notre harmonie, réglait le rythme de notre ballet matinal avec une patience qui ne connaissait ni mesure ni fin. Bien entendu, il n’y en avait pas pour tout le monde au même moment, mais mes frères et sœurs apprenions la patience, même si dans la fratrie, il y en avait toujours un pour jouer un tour de cochon. Dans ces moments d’abondance, elle nous observait, ses yeux pétillant d’une malice qui ne nous était pas encore tout à fait saisissable. Parfois, quand l’un de nous manifestait une ardeur un peu trop vive, elle nous lançait un regard doux, une remontrance gentiment grognée et qui semblait dire : « Doucement, mes petits, l’appétit vient en mangeant, mais la modération vient en savourant. »
Nous répondions par des regards angéliques, des promesses silencieuses d’un comportement plus pondéré qui s’évanouissaient joyeusement dès le repas suivant ! La suite de la journée nous trouvait repus et satisfaits, nos jeux empreints de cette lourdeur agréable qui suit un bon repas. Nous ne connaissions pas encore le dicton disant que certains se vautrent dans la satisfaction, mais nous incarnions cette maxime sans même y penser. Nos jeux étaient des esquisses, des prémisses de ce que serait la vie, innocents et insouciants, dans l’ignorance des jours à venir. Même nos moments de désaccord étaient empreints d’une douceur, comme si un savoir ancestral nous susurrait que la vie était trop belle pour être assombrie par une tête de cochon de l’un ou l’autre d’entre nous.
Avec le crépuscule, notre petit monde se teintait de couleurs chaudes, nous invitant au repos sous la vigilance bienveillante de notre mère. Là, blottis les uns contre les autres, le murmure du vent dans les herbes nous guidait vers des contrées oniriques, emplies de lumière et de douceur. Ainsi s’écoulaient nos jours, une existence tissée de douceur et de jeux, de repas nourriciers et d’une paix que seule la nature sait offrir. Nous grandissions, libres et joyeux, sans ombre au tableau, à l’exception de celles qui dansaient avec les nuages dans le ciel d’un bleu pur. Ces jours d’insouciance filaient avec la douceur des brises d’été. Nous grandissions, ignorants des vérités complexes du monde extérieur. Notre univers se limitait à l’herbe sous nos pieds, au ciel vaste et changeant au-dessus, et aux figures bienveillantes de notre mère et du grand gardien — celui que tous appelaient « Georges ». Lire la suite…
Original! Quelques longueurs mais elles ont tout leur sens qd même. On s’attend un peu à cette fin la mlais pas avec autant d’emotion.
Merci pour votre commentaire. Oui, effectivement, quelques longueurs: c’est une réflexion qui m’a été faite et après lecture et relectures, je suis bien d’accord.
Bien que je ne respecte là, pas vraiment les règles de la nouvelle (et je m’en fiche pas mal), j’ai essayé d’amener le lecteur vers un attachement, une empathie pour ce petit personnage, l’humaniser pour mieux partager ses émotions.
Bien à vous,
Cristof.